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Troisième Chapitre
MA VIE D'ADULTE - MES PREMIÈRES AVENTURES
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(A partir de maintenant je n'utiliserai que la premiere lettre de certains noms, afin de protéger la vie privée)
Nous voici donc installés Square Gutenberg. Nous sommes en 1960. J'avoue que je ne m'y plaisais pas beaucoup. L'appartement était dans une vielle maison avec de très hauts plafonds. La cuisine et la Salle de Bains se situaient dans les sous-sols. Aucun confort. Le quartier était très populeux. Beaucoup de commerces de toutes sortes. Le seul avantage: On n'était pas loin du Centre Ville. Mais pour moi c'était loin de Sainte Suzanne, le Patro, etc....
Mes journées consistaient a aller travailler chez Priba à Jette et à aider maman au magasin. J'écoutais beaucoup la radio. (On n'avait pas encore la TV.) Surtout "Radio Luxemburg, the Station of the Stars". C'était une radio de langue anglaise, sur les "Ondes Moyennes ", basée à Londres. La réception n'était pas très bonne, il y avait beaucoup de "fading". Mais cette station diffusait tout ce qu'il y avait de neuf en musique "Pop". Cliff Richard et les Shadows, The Rolling Stones, The Beatles, etc .... Les radios continentales n'étaient pas encore dans le coup. Les radios "Pirates" commençaient à fleurir un peu partout: Radio Noordzee, Radio Caroline, etc ...
Le commerce marchait bien, papa gagnait aussi bien sa vie. Il s'était même offert une petite auto, une "VW Coccinelle" noire. Ce qu'il en était fier, le paternel !!! Quand il avait quelques instants de libre, il bichonnait amoureusement sa voiture. Elle brillait de tout ses éclats ! Il faut dire qu'il n'y avait pas autant de voitures que maintenant. Conduire était encore un vrai plaisir.
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Quand le temps des vacances arriva, nous partîmes pour Nice, sur la Côte d'Azur. Ce fit le premier long voyage que je fis en compagnie de maman, papa et ma soeur. Maman était assise devant, à côté de papa, et nous, Nadine et moi, sur la banquette arrière. Je n'aimais pas beaucoup cela, je devenais toujours malade. Le mal du voyage, paraît-il. On avait loué un "garni", face aux Jardins Albert 1er. Le soir je sortis seul, et j'allais me promener sur la "Promenade des Anglais", mais surtout aux Jardin. C'était là que j'allais rencontrer mon premier amour.
Je me promenais, le soir était déjà tombé. Je me suis installé sur un banc. Il y avait beaucoup de monde: cela "draguait" ferme. Un jeune homme s'approcha de moi et me demanda si la place à côté de moi était libre. Ah, ce qu'il était beau le bougre, tout de blanc vêtu. Je lui répondis par l'affirmative, qu'il pouvait s'asseoir si le coeur lui en disait. On commença une conversation, des banalités, comme de coutume dans de telles circonstances. J'appris qu'il s'appelait H.... et qu'il habitait à Super Antibes, pas loin de Nice. Il venait au Jardin tous les soirs. Il se déplaçait en "Mobylette", moyen de transport très à la mode chez les jeunes à l'époque. Nous parlions de choses et d'autres. Au bout d'un temps nous décidâmes d'aller nous promener du côté du port. Nous avions pas encore abordé le thème qui nous intéressait autant l'un, que l'autre : le sujet "Gay".
On parlait, tout en marchant. C'est comme ça que j'appris que H.... était étudiant en Médecine à Montpellier. Chemin faisant nous étions arrivés sur les hauteurs, derrière le Port. Nous avions une vue superbe sur le Port et la "Promenade des Anglais" et la Baie des Anges. Il faisait chaud et l'air était embaumé par le parfum des fleurs. Nous étions seuls. J'ai regardé H.... furtivement, et je me suis dit: Qu'il est beau ce gars. Tout bronzé par le soleil méditerranéen, dans ses vêtements blancs il avait une allure folle, sans jeu de mot. Je pris mon courage en mains, et le coeur battant la chamade, j'osai toucher sa main en le regardant. Sa réaction me prit de court et me surprit. Il s'était littéralement jeté dans mes bras et il m'a embrassé passionnément. J'étais étourdi, ébloui, j'étais aux anges ..., face à la Baie des Anges !
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H.... m'apprit plus tard, qu'il s'était demandé quand j'allais me décider de faire le premier pas. Je n'oublierai jamais ce premier baiser. Je n'avais jamais encore été embrassé de cette façon. Dieu, qu'il sentait bon, ce parfum suave et indescriptible d'un corps qui avait été exposé au soleil toute la journée.
Nous avions repris notre chemin vers le bord de mer, au bas de la falaise. Après avoir marché pendant un quart d'heure environ, nous étions arrivé près d'un banc, qui par bonheur était inoccupé, et nous nous sommes installés. Nous nous sommes encore embrassés passionnément et enlacés. C'est sur ce banc que nous eûmes nos premiers contacts intimes. On devrait y apposer une stèle : "Sur ce banc, Guy à connu pour la première fois les affres de l'amour". Nous nous sommes revus tous les jours et tous les soirs. J'avais présenté H... à maman et papa, comme étant un ami, sans plus. De toutes façon ils n'avaient aucune raison de soupçonner quoi que ce soit : ils ne savaient pas encore que leur fils était "comme ça", comme on disait a l'époque. H.... nous accompagnait quelque fois en excursion, mais je préfèrais rester à Nice, seul avec lui, car je ne me voyais pas l'embrasser passionnément sur la banquette arrière de la coccinelle..
Tout se passait bien, dans ce qui était pour moi le meilleur des mondes. Nous étions heureux et on ne se quittait pas d'une semelle. Le soir, quand il était l'heure de rentrer, c'était des "adieux" comme si on n'allait plus se revoir ! Les 3 semaines de vacances touchaient bientôt à leur fin. La veille de notre retour vers Bruxelles, il avait fallu faire nos adieux. Ce fut très pénible, il y eût des larmes de part et d'autre, des promesses de s'écrire et de se revoir aux prochaines vacances, et tout, et tout ! Pour moi, H.... était le "Grand" amour, l'unique, l'amour de ma vie. La séparation ne serait que temporaire, pensait-on.
Nous voici de retour à Bruxelles et au "train-train" habituel de la vie. De temps à autre je recevais une lettre ou un Carte postale de H...., mais il était très pris par ses études.
Une année s'écoula. Nadine avait 12 ans, et elle allait faire sa Communion Solennelle à Ste Suzanne, puisqu'elle allait à l'école des Dominicaines, dans cette paroisse. Cela fut une belle fête. Il y avait beaucoup de monde à la maison. On avait fait un bon repas. Nadine était belle comme une "Princesse", dans sa robe blanche. Un "ange" comme avait dit la Mère Supérieure de l'Ecole, la "Mère Albert". Cela me fit penser à la Baie des Anges à moi ...
En 1961, je n'avais pas accompagné les parents pour les vacances. Parce que le propriétaire du magasin n'avait pas pû trouver de remplacement pour maman, c'était à moi de m'occuper du magasin pendant l'absence des parents.
C'est alors que s'était produite la "Grande explosion". Jusqu'à présent mon expérience du monde "Gay" s'était limité a la période du "Bon Marché", le copain d'Olloy et nos expéditions dans les bois et bien entendu "H..... Ceci allait rapidement changer. Il y avait un couple de "Gays" qui habitaient au 2e étage de notre maison. Un jour le plus jeune d'entre eux, un Allemand, était entré dans le magasin pour y acheter des cigarettes. Nous avions parlé un peu. Bien entendu le sujet "Gay" fut abordé. Il me demanda si j'avais un petit ami régulier, si je sortais dans les bars, si je fréquentais les cinémas, dits "chauds", etc. Là, j'ouvris des yeux comme des soucoupes. Jamais je n'avais entendu parler des ces endroits. Il faut croire que j'étais vraiment très naïf à l'époque. Tout ce que je connaissais, étaient les endroits de rencontre en plein air, les endroits de drague comme les parcs.... Il me demanda si cela me plairait de les accompagner, afin de connaître les bars, etc. J'acceptai, tellement curieux de connaître tout cela. Après l'heure de fermeture du magasin, le vendredi soir, ils m'emmenèrent dans un bar, rue d'Anderlecht, "Chez Simone"....
"En voiture Simone !" Ce bar, qui ressemblait plus à un café de quartier, était plein à craquer, rien que des hommes, jeunes et moins jeunes. On y buvait, fumait et dansait sur de la musique diffusée par un "Juke-Box". Et au milieu de tout ce petit monde, trônait "Simone", la patronne, surveillant les danseurs de près. Il ne fallait surtout pas qu'il y ait des mains qui s'égarent un peu de trop : elle ne voulait pas avoir d'ennuis avec la police des moeurs. Elle était un peu la "Mère Poule" pour tout ce beau monde, car par la suite j'appris que, lorsque quelqu'un avait un chagrin, un ennui ou un problème quelconque, c'était a elle qu'on s'adressait.
Nouvelle tête parmi cette foule, il ne fallut pas bien longtemps, pour qu'on m'offrit a boire et qu'on m'invita à danser. Moi, qui n'avais jamais dansé de ma vie, je tombai d'étonnement en étonnement. Il y en avait un qui m'avait invité a danser de façon répétée et qui ne me plaisait pas du tout. Mais poli et bien élevé, j'acceptais à contre coeur. Il avait une façon obscène de se frotter contre moi qui me déplut souverainement. Sans doute voulait-il me faire sentir l'appel de "l'amour" De la pelle, je sentis surtout le manche ! Pour finir il m'invita à aller terminer la soirée chez lui, mais là j'avais refusé carrément. Il m'à laissé tranquille par la suite. Ce soir-là, j'étais rentré à la maison avec cette impression qu'en poussant la porte de Simone, j'avais ouvert celle de mon univers !
Bien entendu j'y suis retourné maintes fois et j'y eus quelques aventures sans lendemain. Tout ce que je voulais c'était m'amuser, rattraper le temps perdu, mais loin de moi l'idée de m'amouracher de qui que ce soit. Il y avait toujours H...., dont j'étais toujours amoureux fou. Les semaines passèrent très vite et le moment arriva où mes parents rentrèrent. Ils trouvèrent un fils qui avait perdu tout ce qu'il lui restait d'innocence. Mais ça, ils ne s'en doutaient pas, bien entendu.
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Quelque temps après, "Sogesma" fit faillite et nous étions forcés à déménager de nouveau. Cette fois nous partîmes pour Uccle, rue Xavier de Bue. Un appartement agréable au deuxième étage. Ma chambre était une belle et grande chambre mansardée sous les combles.
En septembre je reçus un appèl téléphonique à mon travail. C'était H.... qui avait débarqué à Bruxelles pour venir me voir. C'était le jour de mon anniversaire, je venais d'avoir 24 ans. Quel cadeau d'anniversaire ! Il resta plusieurs jours à loger chez nous, et il dormait avec moi sous les toits. J'y avais un lit pour deux personnes et maman ne fit aucune objection, ne sachant toujours pas que son fils était "Gay" ... Inutile de cacher que nous en avions "profité" un Max !!! Pas besoin de dessin. Ce furent des jours (nuits) merveilleux. Je faisais visiter Bruxelles à H...., bref nous étions aux anges. Mais le jour vint, où il fallut à nouveau faire nos adieux. H...., le futur médecin, devait s'en retourner aux études.
Peu de temps après, j'eus un "choc" terrible: Je reçus une lettre de "rupture" de H...., m'annonçant froidement, que comme il avait obtenu ce qu'il voulait, c.a.d. avoir couché et avoir fait "l'amour" avec moi, il fallait qu'il aille nourrir son tableau de chasse ailleurs. Il me déclara paisiblement que je n'étais qu'une "amourette de vacances" pour lui ! Imaginez ma détresse ... Je le revis par hasard quelques années plus tard, lors d'un passage par Bruxelles. Autant dire qu'il y avait comme un froid "genre Sibérien"
Après cette épisode, je fis une forte "dépression". C'est alors que j'avouai mon homosexualité à mes parents. Ce "coming-out" fit l'effet d'une bombe. D'abord ils refusèrent de se rendre à l'évidence. Puis il y eût de mots désagréables de part et d'autre. Ils m'envoyèrent voir des "sexologues", et d'autres médecins spécialistes. Peine perdue, bien entendu. C'était tout bonnement de l'argent jeté. Puis les reproches commencèrent a tomber, on me traitait même de débauché, et d'autre noms d'oiseaux du même registre.
Malgré cela la vie continua et le travail à Priba ne manquait pas. J'étais très apprécié par mes "supérieurs" ainsi que par mes collègues. Jusqu'au jour où le Gérant démissionna, afin d'entamer une nouvelle carrière. Il fut remplacé par un "vieux" bonze avec des idées très rétrogrades. Alors qu'avant j'avais "carte blanche" pour tout ce qui concernait la décoration du Supermarché, lui au contraire, voulait que je suive ses idées et ses instructions à la lettre. Cela ne me plaisait pas du tout. Sa façon de travailler heurtait le personnel, et plusieurs collègues démissionnèrent. Moi, je n'allais pas tarder à suivre leur exemple !
Sans rien dire à personne, j'avais cherché un emploi auprès de notre Compagnie d'aviation Nationale: La "SABENA". J'avais passé les examens et la visite médicale et j'attendais une réponse de leur part, qui, j'espérais serait favorable. Un jour, après avoir passé une journée exécrable au boulot, j'étais rentré à la maison, maman et papa m'attendaient dans la cuisine. Sur la cheminée trônait un belle enveloppe blanche, frappée du sigle de la "SABENA" et qui m'était adressée. Je l'ouvris fébrilement : Oh, joie ! C'était la confirmation que j'avais réussi les examens et qu'on m'offrait un emploi en qualité d'Agent de Trafic à l'Aéroport, pour une période d"essai de trois mois. Ensuite si j'avais donné satisfaction, le job serait "permanent". Je devais me présenter a "l'Aéroport National" le mois suivant.
Imaginez ma joie, j'allais enfin pouvoir envoyer mon "déplaisant" patron se promener sur les "roses". Je m'en souviendrai toujours, que maman et papa m'avaient appelé un "cachottier", parce que j'avais tout mis en route en secret. C'était la première fois que j'avais pris une décision de cette envergure, sans en avoir soufflé mot à qui que ce soit.
Je fis donc mes adieux à Priba, non sans avoir écrit une lettre à la "Grande Direction", détaillant le climat insupportable que le "gérant" avait réussi à créer parmi le personnel. Par la suite, j'avais appris que suite à ma lettre il y avait eu une enquête et que le gérant avait été déplacé dans une toute petite succursale à Uccle.
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Après les trois mois à l'essai à la "SABENA", je fus engagé avec un contrat à durée indéterminée. J'eus le droit de porter l'uniforme, qui était vraiment très seyant.
Par contre, l'atmosphère à la maison ne s'était malgré cela pas beaucoup amélioré: On continuait à me faire des reproches au sujet de mon orientation sexuelle.
Oh, je ne leur en voulais pas, bien sur, c'était normal comme réaction, après tout ! Mais c'est alors que je pris une grande décision !
Pendant que ma famille était en vacances en Espagne, je décidais de quitter le toit familial. Le surlendemain de leur départ, je fis mes valises et je partis.
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J'avais emporté les quelques biens dont je ne voulais absolument pas me séparer. J'avais écris une lettre expliquant tout et que j'avais laissé sur la table de la cuisine, bien en vue. Ensuite j'avais tiré et verrouillé la porte d'entrée en laissant les clés dans la boîte aux lettres.
Je ne pense pas que je me suis retourné une seule fois, un peu comme dans la chanson de Michel Sardou :
Mes chers parents, je vous aime,mais je pars, (...) Je ne m'enfuis pas, je vole ...
C'était en 1964.
Un nouveau chapitre allait s'ouvrir. Un chapitre qui allait marquer le restant de ma vie !
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